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Lettre Ă  la TDG de Mr G. Crettenand

Pour le président de la Confédération, c'est le plein emploi en Suisse

M. Didier Burkhalter, nouveau président de la Confédération, interwievé dans la Tribune de Genève du 12 décembre 2013, a affirmé face aux craintes de la population suisse par rapport à son avenir que "C'est normal qu'on ait peur de perdre ce que nous avons : le plein emploi , notamment."

On aurait pu penser que le président de tous les Suisses, natif de la commune d'Auvernier dans le canton de Neuchâtel, aurait eu une pensée pour les 200'000 demandeurs d'emploi enregistrés à fin novembre 2013 en Suisse (dont 140'000 chômeurs indemnisés) et les 240'000 bénéficiaires de l'aide sociale (chiffres de fin décembre 2011), ce qui représente près d'un habitant sur 10. La situation est encore plus dramatique dans le canton de Neuchâtel, où 12% de la population est soit au chômage soit à l'aide sociale.

La déclaration du président de la Confédération signifie-t-elle qu'un pays est dans une situation de plein emploi lorsque le taux de chômage indemnisé est de 3,2% caractérisé de taux incompressible par le directeur d'Economie Suisse, Rudolf Minsch ?

Nous ne pouvons que nous étonner et déplorer ce genre de déclaration, qui dénote une méconnaissance des réalités vécues par des personnes qui veulent et peuvent travailler si on les accompagne dans leurs recherches d'emploi, si on leur permet d'acquérir une formation ou de se reconvertir dans une autre activité professionnelle et qu'on répartisse mieux le travail et les revenus. A titre d'exemple, le nombre d'heures supplémentaires effectuées chaque année en Suisse correspond à 100'000 postes de travail à plein temps.

GĂ©rald Crettenand

Président de l'Association de Défense des Chômeuses et Chômeurs de Genève

Libre circulation

La libre circulation a bel et bien fait des perdants

Par Pascal Schmuck, Zurich. Mis à jour le 06.12.2013 

Selon des études, le bilan de onze années de libre circulation pour les classes moyennes n'est pas enthousiasmant au niveau des salaires. Alors que le peuple est appelé à se prononcer en février à ce sujet.

L'UDC a déjà lancé sa campagne pour son initiative «Contre l'immigration de masse» qui sera soumise au peuple le 9 février 2014. Le Conseil fédéral ainsi que les milieux économiques ne veulent pas lui laisser le champ libre. Leur objectif: convaincre les classes moyennes des bienfaits de l'accord de libre-circulation.

La partie est toutefois loin d'être gagnée car si les catégories socioprofessionnelles ne sont pas touchées à l'identique par la libre circulation, il existe bel et bien une pression sur les salaires,explique le Tages Anzeiger sur la foi d'études.

Sans la libre circulation, de meilleurs salaires

La plus récente étude provient de l'Université de Genève qui établit la liste des perdants de la libre circulation. Il s'agit d'employés plutôt jeunes, actifs dans le secteur tertiaire, au bénéfice d'un titre universitaire ou d'un niveau élevé de formation.

Selon l'étude, leurs salaires auraient dû s'améliorer entre 2004 et 2010 sans la libre circulation. Les chercheurs estiment cette progression à 1% pour six à dix ans d'expérience et de 1,6% pour onze à quinze ans. L'équipe réunie autour du professeur Tobias Müller précise que leur scénario surestime les effets négatifs de la libre circulation.

Des économistes de l'Université de Berne étaient également arrivés aux mêmes conclusions. Les rémunérations des Suisses très qualifiés auraient dû grimper de 1,9 point de pourcent entre 2002 et 2008.

Des salaires en baisse pour les débutants

Des études qui trouvent des échos de confirmation sur le terrain. «Nos membres ressentent la pression sur les salaires due à la libre circulation», souligne Ingo Boltshauser à la Société suisse des employés de commerce (SEC Suisse) . «Et pour eux, il n'y a pas de mesures d'accompagnement.»

Même son de cloche chez Employés Suisse. «Les salaires sont sous forte pression», s'alarme Stefan Studer, le directeur de l'association qui représente les salariés de la pharma et de l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux. Bon nombre d'entre eux relèvent du segment intermédiaire qui n'ont pas de convention collective avec salaire minimum.

«Le problème est qu'un débutant touche désormais 6000 francs alors que son prédécesseur recevait 7000 francs. Rien d'illégal mais c'est la réalité», souligne Stefan Studer.

Concurrence féroce pour les jeunes diplômés

Cette baisse des salaires pour les nouveaux venus a déjà été constatée par l'Université de Saint-Gall. Ses étudiants diplômés ont vu leur rémunération décroître jusqu'à 5% entre 2004 et 2008 dans les régions de Suisse centrale. Pour l'étude, «en raison de l'absence d'autres explications plausibles», il s'agit d'un effet de la libre circulation.

Quant aux salaires réels, ils ont stagné pour les employés du secteur tertiaire dans les plus basses catégories, relève l'étude genevoise. En revanche, les diplômés de l'enseignement supérieur ont vu leurs conditions s'améliorer depuis 2004, et surtout pour ceux au sommet. Avec un montant de plus de 8000 francs, le salaire réel a enregistré une progression de plus de 2%.

«Celui qui est qualifié, sans exercer de fonction dirigeante, n'a pas vu son salaire bondir», ajoute Patrik Schellenbauer chez Avenir Suisse. Pour l'économiste, la libre circulation ouvre toutefois de nouvelles perspectives pour les Suisses à plus long terme. Dans l'immédiat, les jeunes diplômés sont concurrencés par le personnel déjà qualifié en provenance de l'Union Européenne.

Les nouvelles technologies fatales Ă  certains postes

«Le marché joue son rôle avec la libre circulation», estime de son côté Ruth Derrer Balladore à l'Union Patronale Suisse. Et de rappeler que dans certaines branches comme l'informatique, la pénurie de personnel débouchait sur des aberrations salariales. «Une correction était indispensable.»

Mais que ce soit Patrik Schellenbauer ou les chercheurs de l'Université de Genève, tous arrivent à la même conclusion: le développement modeste des salaires réels pour le personnel qualifié dans les segments des 5000 à 8000 francs s'explique en partie par la libre circulation.

A cela s'ajoute l'irruption de nouvelles technologies fatales au personnel chargé de tâches routinières. La comptabilité en est un exemple, estime Patrik Schellenbauer.

L'irruption des femmes

La baisse des salaires a également une autre explication que met en avant l'étude genevoise: la part croissante des femmes dans ces branches du tertiaire. Elles représentaient en 2004 un quart des effectifs contre un tiers en 2010. Et elles sont traditionnellement moins rémunérées que leurs collègues masculins.

Dans le segment des salaires de plus de 8000 francs, Avenir Suisse évoque plutôt une douleur imaginaire. «Beaucoup d'employés ont l'impression de régresser alors que leur situation ne s'est absolument pas détériorée», souligne Patrik Schellenbauer. La raison de ce mal-être provient du sommet de la hiérarchie dont les salaires ont explosé. «Ce qui conduit à une distorsion de la réalité et des craintes de déclassement.»

 

 

 

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