Etudiants, puis chĂ´meurs Ă 25 ans
Etudiants, puis chĂ´meurs Ă 25 ans
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(Eddy Mottaz)

Ils entament leur vie professionnelle, souvent pas sans difficulté pour dénicher un emploi qui leur convient. Témoignages de quatre jeunes qui ne comprennent pas toujours pourquoi la révision de l’assurance chômage pourrait les défavoriser
Les jeunes et les étudiants sont cités comme les principales victimes de la révision de la loi sur l’assurance chômage (LACI), soumise au peuple le 26 septembre. Pour assainir la caisse, la révision prévoit quatre mesures qui les concernent tout particulièrement. Les travailleurs de moins de 25 ans toucheront neuf mois d’indemnisation au maximum (contre 18 actuellement). Ceux qui sortent des études, quel que soit leur âge, devront attendre six mois avant de toucher des subsides. Ils bénéficieront ensuite de quatre mois d’indemnités (contre 12 à l’heure actuelle). Enfin, ils auront l’obligation d’accepter un emploi sans rapport avec leur formation. Cette révision va-t-elle précariser les jeunes ou au contraire les stimuler? Pro et anti-révision militent à coups de statistiques. Les jeunes sont les plus touchés par le chômage, avancent les référendaires. Mais ils retrouvent plus rapidement le chemin du travail, se défendent les autorités. Qu’en pensent les principaux concernés? Comment vivent-ils leur période de chômage? Portraits de jeunes à la recherche d’un emploi.
■«Nous n’aimons pas glander. Nous voulons trouver notre voie»

«Les jeunes n’aiment pas glander. Ils ont envie de faire quelque chose de leur vie! Dans notre sociĂ©tĂ©, le travail nous dĂ©finit. Il est donc difficile de se retrouver au chĂ´mage.» Après trois ans dans une Ă©cole professionnelle de théâtre Ă Lausanne, Virginie a dĂ» pourtant s’y rĂ©soudre. Le 1er septembre 2009, elle s’inscrit Ă l’Office rĂ©gional de placement (ORP), quand la tournĂ©e organisĂ©e par son Ă©cole, Ă Paris et Francfort notamment, s’achève. Pourquoi n’a-t-elle pas cherchĂ© pendant sa Âformation? «Impossible, lance-t-elle. J’étais Ă 150% dans mes Ă©tudes. Le rythme Ă©tait tellement intense!»
La comédienne de 24 ans accumule les démarches pour trouver un emploi dans le monde du spectacle et touche 900 francs du chômage. Incapable de survivre avec ce montant et de payer son appartement, elle préfère laisser tomber les subsides quelques mois plus tard pour travailler comme aide de cuisine-plongeuse en extra dans un restaurant.
Au printemps, elle trouve enfin une place d’assistante metteuse en scène pour deux mois. Mais se retrouve à nouveau à l’ORP au terme du contrat. Cette fois-ci, le cap des 25 ans passé, Virginie a droit à 2000 francs mensuels. «En Suisse, il n’y a pas de statut d’intermittent du spectacle comme en France. On se retrouve forcément au chômage en tant que comédien.» Serait-elle prête à accepter un emploi sans lien avec sa formation, comme le prévoit la révision de la LACI? «Si c’est le cas, je me désinscris tout de suite du chômage!» A 25 ans, Virginie aimerait commencer enfin son métier, «trouver sa voie et s’épanouir».
Le dĂ©lai de six mois imposĂ© aux Ă©tudiants l’inquiète Ă©galement. «Il faudra trouver des petits jobs Ă un taux plus Ă©levĂ©, et notre Âcarrière sera repoussĂ©e d’autant», dĂ©plore-t-elle. D’ailleurs, si la rĂ©vision passe, c’est toute la relève dans le monde du spectacle qui est menacĂ©e, fustige la jeune artiste. «Les comĂ©diens ne pourront plus s’inscrire au chĂ´mage Ă la sortie de leur formation. Ils devront solliciter l’aide sociale Ă la place.» Virginie regrette qu’auÂcun système ne soit adaptĂ© Ă sa profession. «Comme si on ne servait Ă rien. Malheureusement, les artistes ne se mobilisent pas assez en Âpolitique, mis Ă part les «brunchstorming», organisĂ©s par le Syndicat suisse Âromand du spectacle», concède-t-elle.
■«Tous les jeunes n’ont pas des parents pour les subventionner»

«Il faut souvent attendre deux mois avant d’avoir une réponse définitive!» Les démarches prennent du temps, les patrons sont en vacances, les dossiers traînent sur les bureaux. Céline cherche un emploi depuis cinq mois dans la vente. «Et pourtant, il y a beaucoup de magasins. Alors imaginez les jeunes qui cherchent un poste plus spécialisé!» Elle s’oppose à la réduction des indemnités prévue par la révision. «J’ai peut-être moins de 25 ans, mais j’ai cotisé comme les autres pendant trois ans! Ce n’est pas un plaisir d’être au chômage, j’ai aussi un loyer et des factures à payer.»
A l’origine, elle voulait travailler dans le médical. Faute de place, elle opte pour un apprentissage de gestionnaire de vente dans une pharmacie Sunstore pendant trois ans. Le magasin est trop petit pour garder ensuite ses apprentis, mais le responsable promet de solliciter d’autres succursales. Deux semaines avant la fin de son apprentissage, Céline reçoit une réponse négative et se retrouve au chômage, fraîchement diplômée. «J’ai eu un mois de pénalité, car je n’avais pas cherché avant la fin de ma formation. Mais je comptais sur une réponse positive de Sunstore!» regrette-elle.
Pendant sept mois, elle multiplie les demandes, une vingtaine par mois au minimum. «Puisque j’étais apprentie, je recevais 980 francs. Heureusement, j’habitais encore chez mes parents à cette époque.» Elle trouve enfin une place au Bon Génie. Elle y reste trois ans, comme vendeuse, puis responsable de la mise en place des rayons. Des problèmes médicaux achèvent cette période prospère: Céline se fait congédier au mois de mars et se retrouve à nouveau sans emploi. Depuis son avis de licenciement, elle cherche sans relâche.
«Si on me propose un poste de caissière, je l’accepterai pour me sortir du chĂ´mage.» Sinon, la jeune Vaudoise s’oppose Ă l’obligation d’accepter n’importe quel poste. «J’ai rencontrĂ© des Âpersonnes qui ont dĂ» le faire. Ça s’est mal passĂ©, et elles se sont retrouvĂ©es au chĂ´mage quelque temps plus tard.» CĂ©line serait prĂŞte pourtant Ă travailler dans le social, avec des enfants, «mais c’est le chĂ´mage qui refuse que je me forme dans une autre branche que la mienne». CĂ©line s’oppose Ă la rĂ©vision. «Tous les jeunes n’ont pas des parents pour les subventionner», lance-t-elle en connaissance de cause. Quant aux profiteurs que la rĂ©vision entend dĂ©courager, «ils se retrouveront de toute façon Ă l’aide sociale», conclut-elle.
■«Raccourcir les indemnités, c’est absurde!»

«Avec une licence HEC et un master en marketing, je pensais qu’il serait facile de trouver un emploi. Sans compter que j’ai fait un échange (Erasmus) en Suède, plusieurs jobs d’été, et des stages chez Audemars Piguet ainsi qu’aux Services industriels genevois (SIG).» Didier se met en quête d’un poste dans le marketing, deux ou trois mois avant la fin de son dernier stage. En vain, les débouchés se font rares. Les SIG le gardent encore quelques mois, puis il se retrouve sans emploi. «Je n’ai pas voulu m’inscrire tout de suite au chômage, j’avais de l’argent de côté et je vivais chez mes parents.» Mais un mois plus tard, les recherches demeurant infructueuses, Didier s’inscrit à l’ORP de Genève.
Pendant huit mois, ses demandes se soldent par des échecs. «Raccourcir les indemnités à quatre mois, c’est absurde! Chercher un emploi prend du temps, d’autant plus qu’il y a deux périodes d’embauches principales, de mars à juin et de septembre à novembre. En dehors, les dossiers ne suivent pas toujours! J’ai déjà raté un job car la responsable était partie en vacances.» Il finit par trouver un stage rémunéré (Graduate) dans une multinationale pour quinze mois. A cause de la crise, le contrat ne peut être renouvelé. Il cherche donc en cours d’emploi des débouchés pour la suite. Mais les réponses sont encore négatives. Quand le stage s’achève, Didier ne retourne pas au chômage et part en Amérique du Sud avec les économies qui lui restent. La chance l’accueille à son retour: il trouve un poste dans la vente, correspondant à ses aspirations.
Malgré son parcours, il estime qu’«on a beaucoup de chance en Suisse». Il trouve même bien que les jeunes soient obligés d’accepter un emploi sans lien avec leur formation. «Ça permettra de mettre sous pression ceux qui se tournent les pouces en attendant que le job idéal leur tombe du ciel.» En revanche, il s’oppose au délai d’attente de six mois, qu’il juge trop long. Les stages professionnels proposés par l’assurance ne le rassurent pas. «Les stages sont toujours sous-payés. On finit dans la précarité!»
■«Ils hésiteront à deux fois avant de suivre une formation»

Quand Joana finit son apprentissage d’employée de commerce, elle sait déjà que le secrétariat du Centre scolaire de Colombier (Cescole) qui l’emploie n’aura pas assez de place pour la garder. Elle se met en quête d’un travail quatre mois avant la fin de sa formation. Mais sa trentaine de demandes sont éconduites. En août, Joana s’inscrit à l’ORP de Neuchâtel. «Le chômage m’a reproché d’avoir commencé mes recherches si tôt!» s’étonne la jeune apprentie.
Elle continue de soumettre des demandes, deux Ă trois par semaine au minimum. «J’aimerais bien travailler dans les ressources humaines, dans l’immobilier ou dans la comptabilitĂ©, mais les rĂ©ponses sont nĂ©gatives, car je n’ai pas assez d’expĂ©rience professionnelle.» Joana va recevoir environ 1000 francs du chĂ´mage Ă la fin du mois. Habitant seule, sans aide familiale, la jeune Neuchâteloise va devoir faire appel Ă l’aide sociale. Elle avait dĂ» renoncer Ă des Ă©tudes universitaires pour des motifs financiers, après avoir dĂ©crochĂ© un ÂdiplĂ´me en socio-Ă©ducatif. Mais elle compte suivre des cours du soir pour obtenir un brevet en comptabilitĂ© ou en ressources humaines, lorsqu’elle aura trouvĂ© un emploi.
Joana se dit dégoûtée par la révision soumise au peuple en septembre. «Avec ces mesures, les jeunes hésiteront à deux fois avant de suivre une formation. Ça va les décourager, car ils seront pénalisés à la sortie des études.» Elle ne comprend pas pourquoi ils sont pris comme cible. «Ce n’est pas juste! On n’est pas plus profiteurs que les autres. Bien au contraire! On a fait des années d’études, on ne veut plus galérer. On veut juste un travail et un salaire.» Elle estime plus équitable que les cotisations augmentent de 0,5%, comme il est prévu si le «non» l’emporte le 26 septembre. La seule mesure de la révision qu’elle juge tolérable: devoir accepter un emploi sans lien avec sa formation. «Quand on a besoin d’argent, il n’y a pas le choix. Mais c’est un peu triste de faire des années de formation pour rien.»



