Les jeunes chômeurs, perdants de la 4e révision
Les jeunes chômeurs, perdants de la 4e révision
L'événement | La révision de l’assurance-chômage, soumise au peuple le 26 septembre, demande des sacrifices aux 18-30 ans. - Discrimination contre une classe d’âge déjà durement frappée par la crise ou exigences tolérables?
MARTINE CLERC | 02.09.2010 | 00:00
Les jeunes chômeurs, doubles victimes? Pour les détracteurs de la 4e révision de la Loi sur l’assurance-chômage, l’affaire est entendue: cette réforme précarise surtout les classes déjà frappées par la crise, dont les 18-30 ans. Si le oui l’emporte le 26 septembre, les moins de 30 ans devront en effet accepter un emploi qui ne correspond pas à leurs qualifications; les moins de 25 ans sans enfants n’auront droit qu’à neuf mois de chômage. Quant à ceux qui terminent leur formation, ils devront attendre six mois avant de toucher des indemnités, qui seront limitées à quatre mois. Inadmissible pour les syndicats et la gauche qui font campagne contre cette révision ou, plus étonnant, pour le radical genevois Pierre Maudet, président de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse, qui regrette que l’«on considère les jeunes comme des profiteurs oisifs» (dans Le Temps).
Réforme pas si pénalisante?
Réplique des partisans de la réforme: cette dernière n’est pas si pénalisante pour les jeunes chômeurs. Dans un rapport publié la semaine dernière, le Conseil fédéral explique ainsi qu’il n’entend pas engager davantage de moyens pour les soutenir. Car, si la part des chômeurs chez les jeunes adultes explose et pourrait atteindre les 6,2% cette année – contre 3,6%, toutes classes d’âge confondues – les 20-24 ans ne restent par pour autant très longtemps sans emploi. Trois jeunes chômeurs sur quatre, poursuit le rapport, retrouvent un travail dans les six mois ou se désinscrivent du chômage pour entamer une nouvelle formation.
Des faits constatés dans les ORP (Offices régionaux de placement) des cantons de Vaud et de Genève. Où l’on compte respectivement 6,6% et 6,5% de chômeurs de moins de 25 ans, pour des taux de 5,3% et de 6,9%, toutes classes d’âge confondues. Portrait-robot du jeune chômeur? «Le frais diplômé d’université ou de HES qui, sans expérience professionnelle, peine à trouver un premier job. Ou le jeune employé qui, dernier arrivé dans une entreprise, est le premier licencié», observe Roger Piccand, chef du Service vaudois de l’emploi.
«Pas de psychologue à la cuisine!»
Son homologue genevois, Patrick Schmied, ne se dit pas choqué par la révision de la loi, «car elle n’affecte pas le travail de réinsertion des jeunes. Pour nous, il est plus important de les aider à trouver leur premier emploi qu’à conserver la longueur de la durée des indemnités, par exemple.» Pour le Genevois, l’introduction d’un délai d’attente de six mois est ainsi acceptable, «du moment que nous arrivons à étendre les mesures de réinsertion à des jeunes, sans emploi, mais qui ne sont pas encore inscrits au chômage. A Genève, nous essayons de faire passer cette idée pour prévenir le chômage.» Le ton est plus critique chez Roger Piccand: «Ce délai est trop long pour de jeunes adultes qui ont déjà été pendant plusieurs années à charge de leurs parents.»
Et l’obligation pour un chômeur de moins de 30 ans d’accepter un emploi ne correspondant pas à ses qualifications? Là encore, Patrick Schmied se veut rassurant: «L’évaluation restera de la responsabilité du conseiller ORP. Il n’enverra pas un psychologue diplômé travailler dans une cuisine!»



