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19/11/2017
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Précarité grandissante

Olivier Rey , membre du comité 2017 s'exprime sur Radio Sans Chaîne

 

 

7 novembre :

Un usager a vu une prestation sociale supprimée pour mauvaise conduite

Aide sociale: les enfants, un risque de pauvreté

 

 

 

La baisse du chômage masque-t-elle une hausse de la précarité?
Jeudi 26 octobre 2017
Camille Pagella
Genève ne compte pas moins de 12 000 personnes inscrites au chômage.

La diminution du chômage à Genève depuis plusieurs années est une bonne nouvelle mais ne représente pas l’ensemble des personnes exclues du marché de l’emploi.

C’est un triste anniversaire. Le 28 octobre, l’Association de Défense des Chômeurs (ADC) fêtera ses 40 ans1. Créée en 1977 pour défendre l’intérêt des 607 chômeurs que compte alors le canton après la récession du milieu des années 1970, elle n’a pas cessé ses activités depuis. Aujourd’hui, Genève ne compte pas moins de 12 000 personnes inscrites au chômage, soit 5,2 % de sa population. Un chiffre plutôt à la baisse et qui s’est stabilisé au cours de ces derniers mois.

Pourtant, la précarité, elle, ne fait qu’augmenter: plus de 7 % de la population suisse vit sous le seuil de pauvreté2. «Il faut penser plus largement que les seuls chômeurs indemnisés. Avec toutes les révisions de la loi sur l’assurance chômage (LACI), on est chômeur de moins en moins longtemps», explique Alexandre Baljozovic, coordinateur de l’ADC. Une analyse que ne partage pas Mauro Poggia. Il n’en reste pas moins, selon Alexandre Baljozovic, que «la situation est difficile dans son ensemble, les gens naviguent entre les emplois précaires, le chômage et les aides sociales et passent très vite de l’un à l’autre.»

Un chômage aux mille visages

Cathy Sottas, metteuse en scène de la pièce de théâtre qui sera jouée samedi soir à l’occasion des 40 ans de l’ADC, est au chômage technique entre deux spectacles. Les fameuses dix candidatures par mois à envoyer, exigées pour tous ceux qui passent par la case chômage, elle se voit obligée de les faire la nuit, après les représentations. Il lui est aussi demandé «d’acquérir de la visibilité». Elle a donc dû s’inscrire sur Facebook pour «montrer qu’elle cherche bien du travail».

Par ailleurs, la situation des intermittents, comme elle, ne va pas en s’arrangeant. Si des syndicats ont réussi à obtenir certains gages du gouvernement, elle dénonce les dérives auxquelles les intermittents doivent faire face. «La situation est catastrophique. Je suis obligée de refuser du travail car nous sommes pénalisés lorsque nous acceptons des remplacements, au conservatoire par exemple, entre deux spectacles. On nous propose aussi toujours plus de mandat ou de travail au noir que nous sommes obligés de refuser car tout nous retombe dessus s’il y a un contrôle.»

La partie visible de l’iceberg

Au regard des chiffres, si l’inversion de la courbe du chômage – depuis plusieurs années – est une bonne nouvelle, elle occulte cependant une bonne partie de la réalité et ne représente pas l’ensemble des personnes exclues du marché de l’emploi. «Les chiffres du chômage sont la face visible de l’iceberg si vous préférez, continue Alexandre Baljozovic. Il faut multiplier par au moins 1,5 les chiffres du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) pour arriver au taux de chômage réel en Suisse.» Car, outre certaines études ponctuelles, les chiffres du chômage suisse publiés par le SECO, ne correspondent pas aux critères du Bureau International du Travail (BIT). La méthode de calcul de ce dernier demande de prendre en compte toutes les personnes entre 15 et 74 ans, non actives et à la recherche d’un emploi dans le mois précédent. De son côté le SECO ne comptabilise que les personnes inscrites au chômage auprès des offices régionaux de placement. Résultat, le SECO arrive à un taux de 3 % de chômage à l’échelle du pays quand le BIT l’estime à 4.7 %.

Une précarisation de tous les secteurs

A l’ADC, 24% des gens qui se présentent aux permanences sont diplômés de l’université ou d’une haute école et travaillent dans le secteur tertiaire, celui des services. Un reflet de l’étendue de la précarisation à tous les secteurs de l’économie pour Alexandre Baljozovic. «Aujourd’hui tous les secteurs du travail sont concernés et non uniquement l’industrie, comme il serait facile de le penser. Le secteur des services est particulièrement touché.» A ce constat s’ajoute la menace de l’automatisation. «Le directeur de l’UBS a affirmé récemment que la technologie pourra bientôt se substituer aux employés et que la banque sera bientôt en mesure de se passer de 30% de son personnel.»

1. 1L’association donne rendez-vous dès 18h sur le bateau Genève pour des débats et rencontres, une pièce de théâtre et une soirée musicale.
2. Soit 2239 francs par mois pour une personne seule et 3984 francs pour deux adultes et deux enfants.

Trois questions à Mauro Poggia
Chef du département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé du canton de Genève, membre du Mouvement citoyens genevois (MCG).

Le taux de chômage à Genève se stabilise autour des 5 %. Ces chiffres encourageants ne cachent-ils pas une autre réalité, celle des personnes en fin de droits?

Non. Nous constatons au contraire que le nombre de chômeurs de longue durée diminue dans le cadre des études menées par le SECO sur l’efficience respective des Offices Régionaux de Placement (ORP) de Suisse. Cela confirme que nos ORP sont plus efficaces que par le passé. Fort heureusement une grande partie des chômeurs en fin de droit ne passe pas à l’aide sociale, mais il est possible que cela ne soit que provisoire, si la personne a une fortune ou si elle fait ménage commun avec une personne qui réalise des revenus suffisants selon les normes en vigueur.

Comment expliquer, alors, une stabilisation, voire une baisse, du chômage en parallèle à l’augmentation de la population bénéficiant de l’aide sociale?

Il y a lieu de craindre que la forte pression sur les salaires augmente le nombre de working poors, dont une partie ne sollicite pas les prestations complémentaires familiales, vraisemblablement au motif que cette situation est considérée comme temporaire. Il est cependant évident que le nombre de bénéficiaires de prestations complémentaires familiales a augmenté ces dernières années. Je ne peux pas m’empêcher de faire un lien avec l’augmentation des travailleurs frontaliers, disposés à accepter des salaires inférieurs à ceux de nos résidents.

Quels sont les principaux facteurs qui poussent d’anciens travailleurs vers l’aide sociale?

Une personne qui accepte un emploi mal rémunéré, reçoit, lorsqu’elle le perd, des indemnités de chômages basses qui la font passer dans la précarité malgré sa situation de chômeur. C’est la baisse des revenus du travail qui conduit à la précarité, et qui parfois enferme le bénéficiaire de l’aide sociale dans sa position d’assisté, car un retour en emploi, avec les risques que cela implique, n’est alors plus une option intéressante.

Camille Pagella

Les oubliés des statistiques
Derrière les chiffres réjouissants du Secrétariat à l’économie sur l’emploi se cache toute une population invisible dans les statistiques. 16% des personnes se présentant à l’association d’aide aux chômeurs sont ainsi sans revenu. C’est-à-dire qu’elles ne touchent ni le chômage, ni l’aide sociale. Sans-papiers, étudiants fraîchement diplômés, travailleurs au noir, chômeurs en fin de droit ou parents au foyer apportent une ombre au tableau.

Les jeunes, après plusieurs années d’étude, passent par la case stage non rémunéré ou cherchent un travail correspondant à leur diplôme. Or, pendant cette période, ils n’ont droit qu’à neuf mois de chômage. Beaucoup y renoncent et se contentent de petits boulots. C’est le cas de Julie, 26 ans: CFC d’employée de commerce en poche, elle n’a pas été embauchée par sa boite, mais n’a pas voulu s’inscrire au chômage. «Je me trouvais trop jeune et je voulais trouver un boulot par moi-même, confie-t-elle. Je n’avais pas envie de rentrer dans le cercle vicieux du chômage.» Ses anciens camarades ont fait de même et ont préféré s’inscrire dans des boites d’intérim.

10% des ayants droit

Le non-recours, comme on le nomme ne touche pas seulement les étudiants. Une partie de la population refuse des prestations comme l’aide sociale. «Le non-recours, toucherait plus de 10% des ayants droit», explique Barbara Lucas, professeure à la HETS, qui mène actuellement une étude sur les sujet. Les raisons sont multiples: un manque d’information, la complexité du système social, mais aussi l’accessibilité (horaires d’ouverture, compréhension des formulaires…). «Certaines valeurs comme l’idée qu’on doit de se débrouiller par soi-même, ainsi que la gène et la peur de la stigmatisation sont aussi un frein aux demandes» confirme Barbara Lucas.

En Suisse, on peut également noter les effets de la loi sur les étrangers, particulièrement concernés par le non-recours. Car les autorités peuvent ne pas renouveler ou retirer leur permis de séjour à des personnes recourant trop souvent à l’aide sociale. La RTS a révélé que le canton de Vaud a retiré leur droit de séjour à au moins 113 personnes en 2016. A Genève, 37 personnes ont été sommées de quitter le territoire. «Nous voyons de plus en plus de gens qui renoncent à une aide par peur de se voir retirer leur permis B», constate Jocelyne Haller, membre du comité de l’observatoire de l’aide sociale et de l’insertion (OASI). «C’est un enjeu important, confirme Barbara Lucas. Il participe à un phénomène plus général de durcissement des exigences de contrôle qui peut générer, chez certaines personnes, un sentiment de malaise et une volonté de rester en dehors d’un système qui semble vouloir les juger avant de les protéger.»

Miguel Martinez